Noël à Hué

En short, tongs et T-shirt pas facile d'y croire. Pourtant, lorsque le sleeping bus en a fini avec nous et qu'il nous dépose a Hué, nous sommes le 24 décembre et c'est Noël.

 

En cette année de long voyage, la grande force de cette date est de nous offrir un package complet de sentiments mêlant, l'attendu, l'inattendu et le reste que l'on redoute.

 

L'attendu parce que Noël, c'est Noël et je ne suis vraiment pas le genre à déconner avec ça. Je veux bien m'asseoir sur les boules, le sapin et les guirlandes à condition que le Hué Backpackers nous offre au moins la chaleur d'une brasserie allemande.

L'inattendu, c'est de passer ces fêtes dans un dernier pays coco qui soit, non-catholique de surcroît. Pourtant à voir les enseignes et grandes marques qui ici aussi rivalisent d'ingéniosité pour nous racler le fond du porte-monnaie, on se dit que le capitalisme n'a ni dieu, ni maître et encore moins de frontières.

Enfin, ce qu'on redoute, c'est d'être loin de sa famille en ce jour si particulier. J' ai beau essayer de m'imaginer Flo comme un lointain cousin breton échappé de la rade de Brest ou en escale au Vietnam, rien n'y fait.

Dans un décor simple et efficace fait de bambous, tableaux et diverses babioles les festivités s'organisent bon train. Si l'auberge est charmante que dire du personnel qui la compose ? Phom, Nyhan et Mo résument à elles trois ce qu'est le charme asiatique. Jolies, souriantes, jolies, avenantes, jolies, courageuses, jolies, sympathiques pis surtout jolies, faut bien le dire. 

 

La fête qui s'annonce ne doit pas nous ralentir pour autant et il nous faut comme à chaque fois aller traîner nos sandales au gré de nos envies. D'autant plus quand les lendemains de veilles rendent incertaines les programmations culturelles. L'espace de quelques heures, nous traînons en solitaire à la recherche de nos cadeaux respectifs.


L'heure des braves s'annonçant, on rebrousse chemin. Une douche, un coup de parfum, j'arrange mes cheveux et Flo sa calvitie naissante. Vraiment pas dur en étant au Viêtnam de briller de mille "Pho", 
#mercijohnnypourlablague.

L'ambiance monte à mesure que les bières descendent. Y a un peu de tout ici, anglais, allemands, américains et bien sûr, car ils sont partout, des Australiens. On cause, on rigole, le tout dans une ambiance bon enfant. Des enfants qui s'alcoolisent tout de même.

 

Arrive alors à notre table un gâteau. Pour l' Américaine avec qui je discute et moi, la crème qui dégouline est une invitation à une guerre franco-américaine. Je lance les hostilités et c'est parti. La petite, aussi agile, qu'habile ne me laisse aucun répit. L'art de la guerre étant américain, c'est une défaite pour la France et une première victoire américaine sur le sol vietnamien. Toutefois, quand elle mangea son gâteau sur ma joue, la défaite prit des allures de victoire. Chez nous, les Losiaux,  la joue, c'est un peu comme la vache en Inde c'est sacré.

 

Puis l'ambiance retombe, cela nous incite à nous rendre au bar du coin qui a prévu de l'animation. On débarque, c'est n'importe quoi, mais c'est génial. Coiffé d'un joli bonnet scintillant, costard gris et cravate impeccable, le patron debout sur le billard assure l'ambiance. Il descend, et hip-hop deux pères-noël prennent le relais et assurent un show de breakdance au son résolument US. Le show finit, le boss reprend son trône et amorce une tombola dont la prime au vainqueur constitue en une grosse caisse de bières bien fraîches. On assiste à la scène en compagnie d'un Suisse dont la joie de vivre me laisse à penser qu'il est le seul helvète à ne pas souffrir de la crise bancaire. Un bonheur n'arrivant jamais seul, c'est notre nouvel ami qui emporte la victoire au premier tour. Il exulte, attrape sa caisse et allant jusqu'à s'oublier distribue toutes ses bières. Pour les assoiffés que nous sommes, il sera notre Mère Thérésa d'un soir.

 

L'alcool aidant, je sors fumer ce qui doit être ma 46ème cigarette (pour le nombre de bières, utilises cette formule mathématique Nbières = (Total de cigarettes/2) - 10). Réalisant, que je n'ai pas de "Pho", je demande à l'audience vietnamienne assise à proximité de bien vouloir me prêter une flamme. Ils m'invitent à partager leur table. Je me pose donc en leur compagnie. La flamme devenue une chaise, deviendra une bière puis une suivante, des clopes et une pizza (Vivien n'étant pas là, on a même pu la manger). Ils sont 4, 3 gars une fille. Plus sympas, les uns que les autres, je me marre bien. Ils payent tout, mais impossible de donner sans recevoir, la prochaine est pour moi. Bon, ce qui était déjà génial va prendre une tournure encore plus folle. Les amis nous proposent une virée en boite, j'accepte. On s'organise et je vais chercher Flo. Deux minutes plus tard, on est dans Hué à l'arrière des scooters prêt à découvrir le dancefloor vietnamien. À l'arrière de son scooter Flo englouti sa bière, c'est tout un art de boire et se faire conduire. 

 

Le staff du night-club nous accueille comme des rocks stars. Les portes qui s'ouvrent sont accompagnées de grands sourires. Le nez moins de poudre, j'ai l'impression d'être Keith Richards. Une nouvelle fois, les camarades nous régalent, bières, plateau de fruits. Une serveuse nous est préposée et ne s'occupe que de nous. J'aime cette fontaine magique, pour chaque gorgée enfilée, le verre à nouveau se remplit. À travers la piste, je tente quelques excursions en direction des tables voisines. L'expérience est heureuse, je suis invité sur chacune d'entre elles.

Tout cela est super chouette, mais un skype m'attend avec la France à l'auberge. Nous rentrons. Une fois encore, nos copains du soir nous déposent. Ce fut incroyable.

Je sors l' Ipod, lance l'appel, merci la technologie. Par écran interposé, j' ai pour la première fois depuis des mois l'image des miens. Tous sont là. Mon oncle Guy comme tous les ans a sorti sa plus belle moustache. Elle est parfaite, mesure 3 pouces un quart de long sur un demi-centimètre de hauteur et seule la choucroute de ma grand-mère propose un gris aussi parfait que celle-ci. Les frangins sont dressés dans leurs plus belles chemises. Elise Tocut et sa batterie de questions qui l'accompagne en permanence sont présentes également. Ma tante Martine gère la séance photo, l' Oncle Sylvain ouvre les huitres et ma mère me pose 10 000 questions. Ouf, rien n' a changé jusqu'au chat qui dort, c'est dire.

 

Des chauffeurs de Tuk-Tuk interloqués par cette visioconférence se joignent à la fête. Une heure plus tard, il est temps de nous séparer. J'entends roter une dernière bouteille et regagne un poil penaud ma chambre.

 

L' euphorie passée, je réalise que je n'ai pas mon sac. Vu ma capacité intellectuelle à gérer deux choses à la fois, je ne suis qu' à moitié surpris. Pas inquiet, je me dis que le Flo qui en bon-papa passe souvent derrière moi a dû le ramasser. Par sécurité, il est préférable de lui demander. L'ami dort du sommeil des justes et ronfle pire qu'a sa première cuite. Je le secoue, il balbutie. Je lui parle, il balbutie. Je siffle, il balbutie. Je lui enverrai bien une bonne salade de phalanges, mais c'est Noël, pis, je suis bien responsable de cette situation. Ultime balbutiement pour 1réponse inconsciente, Flo me dit avoir rangé le sac.

 

Par sécurité, je réitère ma question au réveil. De l'apaisement d'une réponse inconsciente survient l'énervement d'une réponse consciente, quand il m'annonce qu'il n'a pas rangé le sac. Je retourne la chambre, l'hôtel, la rue presque.
Phom appelle le veilleur de nuit, mais mon sac est aussi introuvable que le scénario des Feux de l'Amour. Je suis désemparé. Je bouillonne et me dis qu'une nouvelle fois, je suis trop con, trop tête en l'air.


Une heure durant, je fulmine. J'avais su après l'épisode flip-flop versus scooter me remotiver et me décider à terminer ce voyage en tour du monde.

Au bout de deux heures, ma décision est prise, le sac est perdu, je suis un imbécile, je rentre, fin de l'aventure.


Pour moi, le vol, cette perte ont remplit la coupe. Comme, lorsqu'il n' y a plus de papiers dans les chiottes, je suis au fond du rouleau. Une fois les batteries vide de l'Ipod chargée à nouveau, je ferai opposition à ma carte bancaire et mettrai fin à l'aventure. Cela devait arriver le pessimiste a vaincu l'optimiste.

Puis soudain surgit, un jeune anglais, dont la mèche traduit une errance post Justine Bieberienne qui me demande, si j' ai perdu mon sac.
- Oui.
Si mon sac est vert et noir ?
- Oui.
Si mon sac est un North Face ?
Oui, Oui, Oui.
- Il est dans ma chambre, on l'à trouvé en rentrant me dit-il. En 2 secondes, nous sommes à l'étage. Il entre et sort de sa chambre avec mon sac. La joie m'inonde. C'est mon miracle de Noël, mon miracle à moi.

Les festivités peuvent reprendre. Resto avec Flo, partie de Yaniv à l'auberge, je paye une bière à l'anglais, on discute.

Arrivé à 18 h, il est temps de déguster le vin vietnamien que l'on s'est payé, un vin blanc de la région de Dallat. En une gorgée, nous faisons le même constat amer. Ouais, ce vin est amer. Déjà que c'était Noël, mais là, on a une vraie bonne raison de le partager, on ne boira pas tout.
Posé au bar, la silhouette d'une fille brunâtre m'interpelle. Ayant dans ma main 75 cl de médiation, j'entreprends de lui offrir un verre. Lorsque nous nous serrons la main, elle se présente à moi : "Valentina from Italia". Oups, je reprends ma main et comme le veut l'usage après avoir serré la main d'un Italien, je recompte mes doigts.

 


Nous partageons un verre, peut-être deux. Valentina en plus de promener son charme définitivement italien sur les routes vietnamiennes transporte avec elle un véritable sens de l'humour. Non, sans espérer, je profite de chaque occasion pour lui rappeler mon numéro de chambre, la 11. Pas loin de 100 fois sans doute. Poliment à chaque fois, elle me remercie. Vers une heure, deux heures et trois heures du matin, je tente une avant, avant, avant, avant, avant, avant, avant, avant, avant, avant-dernière fois. Elle se marre, en pointant du doigt les escaliers et à chaque  "room number eleven", je reçoit un "go to bed ". Quand défait, j'annonce mon départ, j'ai le droit un hug de consolation. Du balcon, je tente une dernière, mais dernière fois. GO TO BED. Un miracle de Noël, pas deux.

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